Stades, jeunes, visibilité : le président Joël Débally dévoile les chantiers de la Ligue professionnelle

À quelques jours du démarrage du championnat professionnel (la Ligue 1 démarre le 26 septembre 2026) , le président de la Ligue professionnelle de football du Bénin, Joël Débally, revient sur les exigences imposées aux clubs, la délocalisation de certaines rencontres et les innovations annoncées pour la nouvelle saison. Il évoque également les ambitions de la Ligue pour renforcer la visibilité et l’attractivité du football béninois.
Vous êtes le président de la Ligue professionnelle de football du Bénin, une ligue qui a été installée il y a quelques mois. Dès votre prise de fonction, vous et votre comité avez pointé du doigt un certain nombre de stades où devaient se jouer les rencontres du championnat national de cette saison 2026-2027. Alors, où en est la mise en conformité des quatre stades pointés du doigt ?
Avant d'en venir aux quatre stades, je vais juste rappeler le cadre réglementaire qui a fondé nos décisions. Je vais rappeler la disposition de l'article 44 du règlement du championnat professionnel, qui précise que, pour être homologuées, les rencontres de football professionnel doivent impérativement se dérouler dans des stades homologués par la commission des stades et équipements de la Fédération béninoise de football.
Les stades doivent disposer d'une pelouse réglementaire, naturelle, synthétique ou hybride, maintenue en bon état, ainsi que de tribunes permettant d'assurer le confort des spectateurs. La présence de grilles de protection autour de la pelouse, de bancs de touche conformes et de vestiaires adéquats et sécurisés pour les joueurs et les officiels de match est obligatoire.
Une salle de contrôle antidopage spécifiquement équipée, comprenant notamment un réfrigérateur, doit être aménagée. Les stades doivent disposer des aménagements nécessaires à la retransmission télévisée des matchs, notamment d'une aire de stationnement dédiée et sécurisée pour les véhicules techniques et les cars régie des diffuseurs, ainsi que d'une salle de presse lorsque celle-ci est disponible. Ça, c'est ce que dit le règlement.
Nous avons constaté que, entre autres, les stades que vous venez de citer présentent des insuffisances. Des insuffisances que nous avons estimées majeures et qui nous ont conduits à choisir la délocalisation des matchs. C'est vrai que des travaux correctifs sont en cours ou programmés. Mais, à ce jour, ces stades ne répondent pas encore pleinement aux normes de l'article 44.
Ils ne sont pas pointés du doigt, non. La bonne nouvelle, c'est qu'au sein du conseil de gestion de la Ligue, nous disposons de deux présidents de clubs dont les stades ont été délocalisés. Nous avons un devoir, comme j'ai l'habitude de le dire, d'exemplarité. Donc, l'exemplarité commence par ces membres du conseil de gestion. Je veux citer le président de Sitatunga, Blaise Donou, qui recevait au stade d'Akassato, mais qui a dû se résoudre à amener son équipe à Covè. Donc, désormais, ils vont recevoir à Covè. Je veux aussi citer la DG de Sirat Sport. Les Buffles reçoivent désormais leurs matchs au stade omnisports de Nikki. C'est juste une conformité par rapport au règlement que nous nous sommes donné.
Vous avez parlé de ces deux clubs-là, mais il y en a d'autres. Il y a AS Cotonou, par exemple, qui est confronté également à la même situation. Qu'en est-il par rapport à ce club ?
Nous avons tenu à informer les clubs beaucoup à l'avance, dès juillet, donc juste à la fin du championnat. Dès notre installation, nous avons tenu à informer les clubs et à leur demander de faire ces choix-là. À défaut, il était question pour nous de choisir l'office des clubs à leur place. C'est ce que nous avons fait. AS Cotonou va recevoir au stade de Toffo. Damissa va recevoir à Bembèrèkè.
Dites-moi, est-ce que les clubs sont prêts aujourd'hui à accueillir les rencontres de la Ligue professionnelle cette saison ?
Je peux vous assurer que tous les stades homologués sont prêts à accueillir les rencontres. Les clubs délocalisés ont déjà reçu confirmation de leurs nouvelles enceintes, ce qui garantit la tenue des matchs dans des conditions conformes aux règles.
Il n'y a pas eu de résistance ?
Non, je ne dirais pas de résistance. Il y a eu des velléités de venir vers nous pour qu'on leur accorde des délais. Mais les présidents sont assez compréhensifs, à mon avis. On a eu des échanges. Aujourd'hui, tout le monde est unanime à reconnaître qu'il faut que nous puissions pratiquer notre football sur des aires de jeu conformes, sur des stades conformes.
D'ailleurs, quand ils m'interrogent, j'ai l'habitude de leur demander pourquoi, depuis deux ou trois ans, le Bénin ne reçoit pas ses matchs au stade Général Mathieu Kérékou. Quand je leur pose cette question, généralement, on ferme le débat, on ferme les échanges, parce qu'ils comprennent qu'il faut faire conforme. Si, au niveau continental, il y a de ces exemples-là, ce n'est pas dans le championnat.
Dans un championnat qui aspire à plus de professionnalisation, il ne faut pas respecter ce que je considère comme un minimum. Il y va de la sécurité des personnes, parce qu'il y a des risques de débordements et de blessures liés notamment à l'absence de grilles, par exemple. Il y va du confort et de l'expérience spectateur que nous voulons donner à nos compatriotes.
Il y va aussi de l'équité sportive, parce qu'il faut garantir à l'ensemble des équipes engagées des conditions de jeu comparables et offrir aux joueurs un cadre propice à la qualité du jeu et à l'éclosion des talents. Donc, pour moi, pas de souci. Il y va aussi de la valorisation du produit télévisuel. On veut juste appliquer ce que nous nous sommes fixés comme règlement.
Est-ce qu'aujourd'hui, la Ligue a les moyens de faire respecter ses propres exigences ou dépendrez-vous justement des autorités locales ou des autorités de haut niveau ?
Ce sont les autorités qui ont délégué ces responsabilités à la Ligue. Elles devraient être les premières à la soutenir pour le respect du règlement. C'est un minimum. À mon avis, ça va se faire. On travaille en synergie avec les autorités et les clubs locaux. Nous avons les moyens juridiques et institutionnels de faire respecter ces exigences-là. Le règlement du championnat prévoit tous ces cas de figure. Donc, les clubs qui ne vont pas se conformer, je suis désolé de le dire, se verront appliquer les rigueurs du règlement du championnat. Mais je ne pense pas qu'il y en ait qui feront de la résistance ou qui ne seraient pas conformes.
Au-delà des stades, quels messages voulez-vous envoyer avec ce dossier de stades non homologués, à quelques jours du début de la saison ?
J'ai quelques messages sur la nature de la décision. Pour moi, c'est une décision qui s'appuie sur l'application de l'article 44 du règlement du championnat. Il ne s'agit ni d'une sanction, ni de quoi que ce soit, ni d'un bras de fer. C'est l'application de nos propres exigences en matière de professionnalisme. Un championnat ne peut se dérouler durablement dans des stades qui ne répondent pas aux normes convenues. Le deuxième message, pour moi, c'est l'effort d'investissement de l'État.
Nous avons bénéficié d'une politique gouvernementale volontariste en matière d'infrastructures sportives. Avec 22 stades communaux, nous avons déjà réalisé plusieurs grands projets de reconstruction et de modernisation, et d'autres sont en cours. Le rôle de la Ligue est d'orienter les rencontres vers ces infrastructures modernes et conformes, plutôt que de tolérer des conditions incompatibles avec les exigences du football professionnel.
C'est un message que j'ai à faire passer. Pour terminer, je dirais que la délocalisation des rencontres n'est ni une sanction ni une volonté de pénaliser les clubs. C'est plutôt une manière de faire respecter les normes que nous avons nous-mêmes fixées pour notre championnat. Notre responsabilité à la Ligue est de garantir la sécurité, le confort, l'équité sportive et la qualité du spectacle. Dans le même temps, nous devons accompagner la dynamique de modernisation des infrastructures engagée dans le pays. Il s'agit simplement d'une mesure de mise en conformité, inscrite dans une perspective de développement durable du football béninois.
Dites-nous, le championnat va démarrer dans quelques jours. Est-ce que vous avez des innovations pour cette saison ?
Nous avons fait un peu de benchmarking par rapport à ce qui se passe autour de nous, dans la sous-région et bien au-delà. Qu'est-ce qu'on pourrait apporter en termes d'innovation ? Je parlerais des stades, c'est la première chose. La deuxième chose, je dirais que nous avons donné la possibilité aujourd'hui aux clubs, au-delà des 30 joueurs classiques, dont 10 étrangers, de faire en sorte que cinq jeunes U18 puissent figurer sur les feuilles de match, dont trois peuvent être titulaires.
Pour moi, c'est une innovation, parce que ça permet de former les jeunes, de préparer la relève. Les centres de formation forment jusqu'aux U17. Ils arrivent à maturité. Après, il faut les préparer à rentrer dans un cadre beaucoup plus professionnel. Pour moi, c'est l'une des innovations. Nous avons aussi mis en place l'option selon laquelle on pourrait procéder au remplacement d'un joueur blessé. C'est quelque chose qui n'existait pas, justement parce qu'il y a eu beaucoup de velléités de tricherie. Mais nous avons décidé de mettre en place un comité médical ad hoc, qui travaillera avec la même structure existante au niveau de la FBF, de sorte que, si on a des joueurs blessés avec un temps d'indisponibilité plus ou moins long, ces joueurs-là puissent être remplacés.
Nous avons aussi cette innovation-là. Je pense qu'on ne va pas réinventer la roue. Ce qu'il y a, c'est de pouvoir respecter les textes. On a de très bons textes, mais nous peinons à les respecter, parce qu'on dirait parfois qu'il y a des conflits d'intérêts. L'idée aujourd'hui est de pouvoir faire en sorte que les choses soient respectées, ou de plus en plus.
Parlons maintenant de la visibilité du championnat. Qu'avez-vous prévu réellement pour que le championnat du Bénin ait une visibilité ?
Ça fait partie des actions concrètes dont nous avions parlé quand nous briguions le poste de président. Pour nous, la communication doit être une stratégie pour soutenir nos ambitions : rétablir la confiance, valoriser les compétitions et attirer des partenaires et des investisseurs. Pour ce qui concerne la valorisation du championnat, nous avons prévu la création d'une identité visuelle moderne. Nous allons faire en sorte de produire du contenu vidéo hebdomadaire, de présenter systématiquement les affiches de chaque journée, en nous disant que le résultat attendu sera la hausse de la notoriété et de l'attractivité du championnat.
Nous allons faire en sorte de positionner la Ligue comme une plateforme de visibilité fiable, à travers quelques axes, comme l'élaboration de dossiers de sponsoring, la création d'indicateurs d'audience et d'engagement, l'organisation de rencontres B2B avec les entreprises, la valorisation médiatique des partenariats, ce qui va nous permettre de signer de nouveaux contrats de partenariat.
Au-delà de ça, nous avons à mettre en place un comité ad hoc média pour tout ce qui concerne les médias et la communication institutionnelle, avec la création d'un site web officiel. Nous allons avoir des newsletters mensuelles, c'est prévu. Sur les réseaux sociaux, nous allons travailler sur Facebook, Instagram et YouTube, avec une plateforme média officielle de la Ligue. Nous allons procéder à la création d'un club de presse de la Ligue et inviter régulièrement les organes de presse. C'est d'ailleurs un bonheur de vous recevoir ici, radio, télé, presse écrite, médias numériques, tout ça.
Nous allons mettre en place une cellule de crise aussi, pour que les cas d'incidents soient traités et que le public soit bien informé. Voilà. Partenariat, promotion du championnat, transparence, notoriété, tout ça va nous permettre de pouvoir avancer et de donner plus de visibilité au championnat. Nous avons entrepris des échanges avec Transfermarkt pour que le championnat soit visible sur Transfermarkt. Ça nous permet d'avoir des statistiques sur les clubs, les joueurs et autres. Nous n'avons pas encore fini.
Nous sommes en train de travailler sur la billetterie. Après tant d'observations, pratiquement quatre à cinq ans que nous sommes là, aujourd'hui nous voulons uniformiser la billetterie, pour que les entrées au stade soient payantes. Tout ça va participer à la mobilisation de ressources, pour que nous puissions accompagner les clubs et aller de l'avant.
Président, nous sommes pratiquement à la fin de cet entretien. Qu'est-ce que vous auriez souhaité qu'on aborde et qu'on n'a pas fait ?
Nos clubs nous ont fait confiance en nous élisant à la tête du conseil de la Ligue. Il y a tellement de choses à faire. Mes collègues et moi, on va nous battre pour que notre mandature constitue un motif de fierté pour les amoureux du football. Nous allons commencer petitement. Il y a des actions qui sont urgentes et qui sont immédiates. Ces actions-là, on est en train de les prendre.
On le fera dans l'intérêt de tous les acteurs. Je voudrais juste rappeler que nous ne sommes pas là pour faire des clubs ou des acteurs du football des adversaires. Nous sommes plutôt là pour que les choses puissent s'améliorer, pour que les choses puissent avancer. Et que nous restions conformes à la ligne que l'État, le gouvernement, s'est tracée et accompagne le développement du football. Et on le fait avec beaucoup d'humilité. On le fait avec beaucoup de recul, mais en même temps avec beaucoup de rigueur.
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